Mariage traditionnel japonais

 

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mariage-traditionnel-1.jpgLe shinzen kekkon (神前結婚) littéralement "union devant les Dieux" est le mariage traditionnel shintô.

Son origine remonte au XVIème siècle et l'on observe à cette période une étroite relation entre le mariage et les dieux au sein de la classe des samouraïs, tandis que la cérémonie effectuée sans prêtre se répand dans la population des villes sous une forme plus vulgaire. Chez l'aristocratie, la rencontre des époux se déroule lors d'une entrevue et le choix du conjoint, ainsi que les relations sexuelles, sont tolérées dans les milieux plus modestes.

Il faut attendre l'ère Meiji (1868-1912) pour voir apparaître la version contemporaine du mariage, influencée par le rituel chrétien. A l'époque, des écoles concurrentes réalisent chacune leurs propres célébrations, il y a donc peu de régularité dans le déroulement des mariages. Cependant, c'est à l'occasion de celui du Prince Haru (futur Empereur Taishô) en 1900 que la cérémonie est normalisée et codifiée par la loi au sein du sanctuaire. Ainsi, la liturgie utilisée pour l'évènement s'impose progressivement comme une norme au Japon, le prêtre devenant indispensable.

Le mariage arrangé (miai) disparaît quant à lui petit à petit et ne subsiste réellement que jusqu'aux années 1970. Depuis environ trente ans, la célébration du mariage traditionnel diminue en faveur d'une cérémonie à l'occidentale, calquée sur le Christianisme ou plus rarement, le Bouddhisme. De nos jours, les jeunes personnes choisissent librement leur conjoint (ren'ai) et la mariée n'est plus sous la charge de sa belle-mère (autrefois, elle se devait de quitter la maison familiale pour rejoindre celle de sa belle-famille, cette dernière qui était chargée d'assumer les frais de l'union en question "récupérait" la belle-fille). Toutefois, les Japonais restent soumis à une forte pression de la part de la société qui les amènent à se marier une fois les études finies.

Environ un tiers des mariages déclarés au Japon sont réalisés selon les rites shintô. Et si la célébration chrétienne gagne en popularité depuis les années 1990, une majorité de couple font le choix d'un mariage qui mélange à la fois tradition et modernité, créant une union totalement unique et à leur image.

 

 

----Tenues des mariés, des invités et des officiants

• La mariée

La tenue traditionnelle de mariage est le shiromuku, un kimono de mariage (kakeshita) blanc avec plusieurs accessoires. Un uchikake (sur-kimono) blanc ou coloré, orné de motifs bienfaisant brodés au fil d'or est porté par-dessus. Les accessoires se composent d'un éventail, d'un poignard (kaiken) et d'un hakoseko (porte-monnaie) avec des zôri (sandales) et des tabi (chaussettes) blanches. L'obi (ceinture) est quant à lui noué en pluvier et offert par la mère, car il symbolise la vertu féminine. D'autres éléments de la tenue peuvent également être passés de génération en génération en raison de leur prix et de leur valeur affective.

Le chignon traditionnel bunkintaka shimada se réalise avec des peignes et des piques à cheveux (kanzashi) oranges ornés de motifs floraux. Ces derniers sont recouverts par deux coiffes différentes : un bandeau blanc (watabôshi) ou une capuche blanche (tsunokakushi) que l'on peut comparer au voile en Occident. Ces objets servent à éviter l'apparition des "cornes" chez la mariée, symbole de jalousie et caractéristique hautement féminine selon la tradition japonaise. Les recouvrir signifie la soumission totale à la belle-mère et un rôle d'épouse effectué dans la patience et la sérénité. Quant au maquillage nuptial, il comporte un teint légèrement poudré de blanc, des yeux rehaussés d'eye-liner noir et une bouche sculptée d'un rouge vif.

En règle générale, la mariée change trois fois de tenue, en descendant graduellement dans la formalité : un second furisode (kimono à longues manches) moins formel et de couleur pour le début de la réception, puis un troisième plus informel. Ce dernier peut être un kurotomesode (kimono noir de cérémonie) qui lui donne son statut de femme mariée ou simplement une robe occidentale. Si la cérémonie est effectuée selon les dogmes chrétiens en tenue non traditionnelle, le kimono peut toutefois être porté pour le banquet.

• Le marié

Sa tenue traditionnelle est composée d'un kuromontsuki (kimono noir de cérémonie), d'un hakama (pantalon plissé) à rayures blanches et d'un haori (veste) avec cinq kamon. Les accessoires principaux sont les seta (sandales rectangulaires), les tabi, le Haori Himo (corde du haori) noué, ainsi qu'un éventail dans la main et le papier des voeux de mariage entre les pans du kimono. Au niveau de la coiffure, les chignons sont depuis longtemps tombés en désuétude chez les hommes, qui préfèrent arborer une coupe stylisée et moderne. Enfin, l'époux accorde son ensemble à celui de sa femme et porte un costume lorsque celle-ci met une robe occidentale.

La complexité des costumes traditionnels des mariés nécessite de faire appel à des services spécialisés pour les revêtir. Bien souvent, la mère ou une professionnelle aide la mariée à marcher avec son kimono durant la procession et arrange les vêtements lors de la messe, de la photo souvenir ou des changements de tenue pour la réception.

• Les invités

De manière générale, ce sont les femmes qui portent le kimono pour le mariage. Les mères des mariés optent pour un kurotomesode avec un obi doré ou argenté et des accessoires blancs, tandis que les jeunes femmes non mariées portent le furisode. On note également la présence de l'iromuji (kimono sans motif et d'une seule couleur) avec kamon et du tsukesage (kimono aux motifs répartis de façon particulière) car ils représentent une bonne option aux deux kimonos précédents. Cependant, afin d'éviter tout problème au niveau de la formalité et du rang plus ou moins important de chaque convives, nombreuses sont celles qui revêtent des tenues occidentales. Les hommes, de leur côté optent pour le costume sombre avec cravate et très rarement, le hakama accompagné du haori. Quant aux enfants, ils arborent des tenues festives (petites robes et noeud papillon) ou parfois plus décontractées comme un jean et un t-shirt.

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• Les officiants

• Kannushi : lors de la messe, le prêtre shintô porte un kariginu (veste à larges manches) sur un kimono blanc et un hakama bleu. L'ensemble est associé à des sabots en bois laqué, un kammuri (coiffe noire) et une tablette shaku tenue dans la main droite, symbole du rang et de la fonction au sein du sanctuaire.

• Miko : la servante qui accompagne le kannushi est vêtue du chihaya, une tenue qui se compose d'un haut blanc à larges manches avec motifs et d'un hakama rouge. Quant à sa coiffure, elle se compose d'une queue de cheval basse avec des rubans et des kanzashi placés sur l'avant de la tête. Il s'agit d'un ensemble dont la sobriété est exigée par la profession.

 

----Déroulement du mariage

• Introduction

Les saisons de prédilection pour les mariages au Japon sont l'automne et le printemps. Cependant, ils se déroulent tout au long de l'année durant les jours dits "de bon augure", déterminés par des calculs calendaires issus du Taoisme. A noter que le 10 octobre fait exception à la règle car il est considéré comme un jour "sans kami".

L'union religieuse étant bien distincte de l'union civile, les époux devront être mariés civilement avant de pouvoir procéder au rituel shintô et présenter les papiers afin de prouver que le contrat a bien été conclu. La cérémonie se réalise le plus souvent au sanctuaire et éventuellement dans un lieu public comme un hôtel, une salle louée pour l'occasion ou même à la maison. Cette dernière est plutôt brève (environ une demi-heure) et protocolaire, mais reste toutefois digne et sacrée.

• Cérémonie

Tout commence avec une procession (sanshin) jusqu'au sanctuaire rythmée par la musique traditionnelle Gagaku. Les époux suivent le prêtre (kannushi), les musiciens et deux servantes (miko). Derrière eux, un assistant porte une grande ombrelle au-dessus d'eux et les parents, avec quelques amis intimes, ferment la marche. Une "marieuse" ou la mère accompagne la mariée à ses côtés et l'aide à marcher avec son lourd kimono. Lorsque les invités sont nombreux, le petit cortège s'avance et passe devant eux afin que ces derniers intègrent la file jusque dans le sanctuaire. A l'intérieur, lorsque le nombre de convive est restreint, le couple s'assoie au centre de la pièce, entouré des membres de la famille et des amis proches sur une estrade. Dans le cas inverse, le reste des invités sera disposé de part et d'autre des époux et les parents seront les seuls à être à leurs côtés. L'épouse toujours placée à la gauche de son mari, ne parlera pas ou alors très peu au cours de la messe. Seul le kannushi est autorisé à le faire et dans une moindre mesure, le marié.

Le prêtre débute par le rituel nommé shubatsu qui consiste à réciter une courte prière afin de purifier les offrandes et les objets qui seront utilisés. Accompagné de deux miko, il réalise ensuite la bénédiction du couple à marier et le salut collectif aux Dieux (saishu ichirei) marque le début de la cérémonie. Puis les assistantes procèdent à l'élévation et à la présentation de la nourriture et du sake donnés en offrande aux divinités (kensen).

Après que le norito sojou fut adressé aux dieux afin que les époux vivent une longue et heureuse vie conjugale, le moment le plus important intervient. Il s'agit du miki ou service du sake sacré effectué par les miko sur la musique traditionnelle. La première assistante tend le sakazuki (coupe) au marié et la seconde y verse l'alcool de riz de la façon suivante : elle incline deux fois de suite le récipient qui contient le liquide au-dessus de la coupe, avant de le verser à la troisième fois. Le rituel observé se nomme le sansan kudo (littéralement "trois fois trois neuf") et se déroule ainsi : le marié débute par boire la première coupe de petite taille en trois gorgées, la mariée répète l'opération avec la même coupe. C'est ensuite à son tour de boire en trois fois la coupe de taille moyenne, suivie de son mari. Pour finir, ce dernier bois la plus grande coupe et la mariée termine le rituel en continuant de boire le sake en trois coups.

Puis deux éléments à caractère occidental peuvent être introduits dans la messe :

• Le chikai no kotoba : la lecture des voeux de mariage (seishi sojou) par le marié et parfois avec la mariée. Le texte est inscrit sur un papier plié que l'époux a glissé dans les pans de son kimono ou gardé par les servantes et tendu au moment venu.

• L'échange des alliances (yubiwa koukan no gi) entre les mariés.

Une danse rituelle avec des éventails ou des suzu (grelots) est ensuite effectuée par les miko afin de faire appel aux kami (Dieux). Des branches de sakaki décorées (tamagushi houten) sont donnés aux mariés qui les tournent minutieusement dans le sens des aiguilles d'une montre et les mettent à côté du papier des voeux de mariage.

A la suite de deux saluts collectifs, l'ensemble des convives frappe deux fois dans les mains, puis s'incline une troisième fois avant de se rasseoir. Les miko déplacent les offrandes et le miki de l'autel (tessen), et l'engagement mutuel entre les familles des mariés est proclamé via le partage du sake sacré (naorae) avec les invités. Puis après un dernier salut collectif accordé aux divinités en direction de l'autel (saishu ippai) pour signifier la fin de la célébration, la même marche qu'à l'entrée est effectuée à la sortie du sanctuaire (taishutu).

Généralement, la célébration est suivie d'une séance photo ainsi que du kekkon hiroen (réception), une occasion pour les personnes qui n'ont pas été présentes à la cérémonie d'être conviées pour le banquet. Si le déroulement décrit ci-dessus est celui qui est le plus souvent réalisé, les différentes étapes du mariage peuvent toutefois être inversées ou modifiées selon le choix du couple, du sanctuaire et de la région. Enfin, il n'est pas rare de voir de nombreux touristes prendre des photos lors des processions.

 

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----Réception

Le style et la taille de la réception dépend des régions et prend habituellement place dans une salle louée, dont la décoration est composée de rouge et de blanc (couleurs dites de bon augure). L'agencement des tables se fait en fonction de la relation plus ou moins proche entretenue avec le couple qui est placé sur la scène ou sur une estrade. La formalité de l'évènement exige le port du kimono et du costume. Cependant, un kimono un peu plus informel peut être porté contrairement à la cérémonie de mariage qui est hautement codifiée.

La réception débute avec une introduction des mariés et de leur famille, puis les gens sont invités à participer à des jeux, à prononcer des discours et à chanter lors du karaoké. Le menu est servi à table et se compose souvent de daurade pour le repas et d'une paire de kôhaku manjû (pâtisseries) pour le dessert. Une tradition veut que les époux allument une bougie sur chaque table afin que les convives partagent symboliquement leur chaleur et leur lumière. Le shamisen et le tambour japonais composent principalement la musique durant la réception, même si celle-ci peut grandement varier en fonction des goûts personnels du couple.

En général, les convives offrent un oshugi, de l'argent placé dans une enveloppe décorée d'un noeud (shugi bukuro) avec le nom de la personne inscrit dessus. Ce don est censé aider le couple à supporter les frais du mariage et de la réception. Le montant de ce dernier est parfois indiqué sur le carton d'invitation et dépend de la proximité avec les mariés. Les invités apportent également deux cadeaux chacun qui peuvent être du saké, des bonbons, de la vaisselle ou encore des bijoux. Ils sont déposés avec l'oshugi sur la table principale de réception, à côté du livre d'or signé pour l'occasion. Toutefois, notons que les membres de la famille et les amis proches envoient leurs cadeaux avant ou après le mariage, mais jamais le jour même car ils sont considérés comme "personnels".

Des hikidemono (souvenirs de mariage) coûteux sont distribués aux invités afin de les remercier pour leur venue. Il s'agit souvent de confiseries, de cartes-cadeaux ou de poisson tel que de la bonite séchée qui symbolise le bonheur au Japon. Mais également d'objet plus utilitaire comme des stylos ou des cravates de qualité pour les collègues de travail présents à l'évènement. A noter que les coutumes occidentales de la lune de miel, du lancer de bouquet ou du découpage de gâteau sont intégrés à la réception.

 

 

Merci de ne pas prendre ce texte sans mon consentement, celui-ci m'appartient.

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